« Qu’est-ce qui vaut la peine d’être enseigné ?
… Ce qui unit et ce qui libère. »

Olivier Reboul

 

Anne-France Bienassis

Qui suis-je…

Pour faire court, j’ai listé ci-dessous les étapes-clefs de ma formation, façon CV.

Mais si vous avez du temps, plus bas, vous trouverez un article qui vous embarquera dans le détail de mes apprentissages et de mon cheminement, au gré de mes questionnements sur le corps, le mouvement, et leur transmission. Bonne lecture !

Quelques repères :

  • Formation à l’enseignement de la gymnastique holistique avec Marie-Jo Guichard, élève du Dr Lily Ehrenfried, certifiée en 1999
  • Formation au programme Bones for Life / Des Os pour la Vie et Bones on Chairs, avec Christiane Michaillat, Lara Liu et Ruthy Alon
  • Formation Zhi Neng Qi Gong avec Zhou Jing Hong
  • Formation Qi Gong avec Ke Wen et l’Ecole des Temps du Corps
  • Formation Qi Gong – Nei Gong avec Jean-Michel Chomet et Laurence Cortadellas (Ecole Zhi Rou Jia)
  • Formation Do In avec Isabelle Loiseleux, élève de Jean Rofidal
  • Formation Bases Abdos sans dégâts / Méthode Bernadette de Gasquet
  • Formation Moon Mother I avec Bettina Kreissl Lonfat (Womb Blessing® Attunement Miranda Gray)
  • Formation Yoga Nidra avec Gaëlle Guérin (The Space Studio Paris). Yoga Alliance Internationale

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  • Formation d’animatrice sportive diplômée de la Fédération Sports pour Tous, agréée par le Ministère des Sports / CQP Activités Gymniques d’Entretien et d’Expression
  • Cursus Sport et Santé de la Faculté de Médecine de Bobigny
  • Formation commune du Brevet d’Etat d’Educateur Sportif

« S’il suffisait de s’installer
dans la bonne posture pour atteindre le Tao,
les statues du jardin
le feraient avant nous. »

Adage taoïste

Mon parcours

Vers l’âge de 19 ans, attirée par le Bouddhisme, je découvre avec émerveillement la place que tiennent le corps et les pratiques corporelles dans les traditions spirituelles orientales. Un continent insoupçonné s’ouvre devant moi : on peut entretenir son corps physique tout en ayant une action sur son psychisme, sur ses émotions, très profondément, très subtilement, au-delà du bien-être. On peut recourir au corps pour se connaître, se transformer et accéder à des aspects de soi et de la réalité dont on n’avait pas idée… Quarante ans plus tard, je ne me lasse toujours pas d’arpenter ce continent sans limite.

J’ai d’abord tâtonné : yoga tibétain, Kinomichi, puis méditation zen et Kyudo, la voie japonaise du tir à l’arc dans laquelle je m’engage avec implication et constance. Mais à cette époque (années 80), en France, les dojos de Kyudos se comptent sur les doigts d’une main ; ça ne laisse guère de choix pour dénicher les bons pédagogues.

Je m’accommode tant bien que mal de la misogynie ambiante, alors courante dans le milieu des arts martiaux. Mais elle s’accompagne d’une sorte de mépris pour le corps féminin et d’une incompétence à enseigner aux morphologies occidentales, parfois bien éloignées des morphologies japonaises. Mes professeurs portent un regard perplexe, pour ne pas dire découragé, sur ma courbure lombaire trop dessinée à leurs yeux et qui leur semble être la marque d’une limitation sans espoir non seulement dans ma pratique mais aussi dans mon évolution spirituelle. On veut visiblement dresser mon corps sans le comprendre et je pressens que ça ne me mènera nulle part.

Cette expérience s’avère néanmoins fructueuse, car elle soulève en moi bien des interrogations déterminantes : sur le corps en général, sur le mien en particulier, sur les moyens de s’en servir, de l’habiter, sur le “comment”… comment faire lâcher certaines tensions, comment installer le placement juste pour une action donnée…

«L’esprit est comme le vent
et le corps comme le sable
si tu veux savoir comment
souffle le vent tu peux
regarder le sable»

Bonnie Brainbridge Cohen

Gymnastique holistique

Renonçant au Kyudo, je me mets en quête d’une approche occidentale où l’on traitera avec respect mon corps et mon esprit occidentaux.
J’ai le coup de foudre pour la gymnastique holistique, méthode du docteur Lily Ehrenfried.

J’apprends à connaître mon corps, à l’interroger, à recueillir les infos qu’il me renvoie.
Je découvre, en les ressentant concrètement, l’anatomie et la biomécanique.
Épatée de constater à quel point mon corps réagit à ce travail minutieux, je le sens se remettre en ordre l’air de rien. Et je savoure l’apaisement profond que cette approche toute en douceur et en lenteur me procure.
La gymnastique holistique devient indispensable à mon hygiène de vie et je me l’approprie peu à peu suffisamment pour pouvoir compter sur elle comme sur un outil fiable et adaptable me permettant de faire face physiquement et psychologiquement aux évènements que je traverse et aux activités que j’entreprends.

Parallèlement, j’explore des méthodes cousines, dans ce champ qu’on nomme éducation somatique : Feldenkrais, Eutonie, Technique Matthias Alexander.
J’affine grâce à chacune d’elles, en me plongeant dans ce qui les rapproche et ce qui les distingue, ma perception et ma connaissance du corps et du mouvement.
Je sonde, éprouve, défie avec curiosité et délice, la relation corps/esprit. Je me défais peu à peu de certains fonctionnements corporels qui me desservent. Et surtout, j’apprends à apprendre.

À la fin des années 90, après 11 ans de pratique assidue, je me forme à transmettre la gymnastique holistique auprès de Marie-Jo Guichard, élève et héritière de Lily Ehrenfried.

Je commence à donner des cours. Et maintenant que les fondations de mon travail corporel sont posées, que mon corps et moi sommes complices, que je comprends mieux son organisation, son fonctionnement et son usage, que j’ai grande confiance en mon ressenti, je décide de revenir vers les disciplines orientales.

 « Le Cœur/Esprit se concentre sur l’Un et harmonise
le Souffle : lorsque ce dernier emplit l’intérieur,
le corps devient souple. »

Maître du Bord du Fleuve
Commentaire Dao De Jing chap. 55

Qi Gong et Taoïsme

En contrepoint de la gymnastique holistique, qui se déroule essentiellement au sol, je cherche une technique que je pratiquerai debout, dans ma verticalité.
Comme, via l’acupuncture, l’énergétique chinoise fait déjà partie de ma vie, je me tourne vers le Qi Gong.

Je rencontre Zhou Jing Hong qui a introduit le Zhi Neng Qi Gong de Pang He Ming en France une dizaine d’années plus tôt. Grâce au Zhi Neng Qi Gong et ses enchaînements exigeants, intenses, puissants, je me familiarise avec la sensation de l’énergie.
L’énergétique chinoise et la philosophie taoïste qui sous-tendent la pratique, me parlent. Leur pragmatisme, leur ancrage dans les phénomènes observables de la nature, leur quête de simplicité, leur manière d’interpréter la vie, son mouvement, ses cycles, m’éclairent et me nourrissent.
S’offre à moi une toute nouvelle façon de déchiffrer le corps et de le vivre ; et une nouvelle façon d’apprendre à le mouvoir : alors qu’en éducation somatique, on part à la découverte du mouvement guidé par des consignes non montrées, en Qi Gong, on cherche à se glisser dans une forme préconçue en pratiquant de concert avec le professeur.

Je trouve ainsi mon équilibre entre ces deux voies ; et pour les 20 ans et plus qui vont suivre, je m’attelle à progresser dans chacune d’elle.

Aux débuts des années 2000, je participe à la première promotion de formation dispensée par Zhou Jing Hong et je commence à enseigner le Zhi Neng Qi Gong.

Mais ce Qi Gong étant un peu « à part », ne serait-ce que dans son placement (pieds joints le plus souvent), je me forme aussi auprès de Ke Wen et de l’association Les Temps du Corps, où l’on me présente une vision large et multiple de l’univers du Qi Gong et de son histoire ; et où l’on m’enseigne des formes de Qi Gong classiques et populaires, et des Qi Gong modernes tels ceux de Zhang Guangde et de Mme Liu Ya Fei.

J’acquiers de nouveaux repères corporels et de nouveaux outils pédagogiques, en revenant au B.A.BA de l’apprentissage du Qi Gong, avec différents pédagogues français et chinois.

« Il est moins important d’apprendre de nouvelles prouesses techniques que de maîtriser la façon d’apprendre de nouvelles compétences »

Moshé Feldenkrais

Do In et Bones for Life

Adepte des automassages, nombreux en gym holistique, où l’on utilise balles, baguettes et autres accessoires, et que l’on associe souvent simultanément à des mouvements, comme on le fait aujourd’hui dans les exercices dits de « relâchement myo-facial », j’apprends le Do In, technique d’automassage japonaise, afin de disposer d’une version énergétique de cet outil simple, pratique et magnifiquement efficace, qui s’intègre aussi bien à mes cours de gym holistique qu’à ceux de Qi Gong.

Par ailleurs, je me forme au programme Bones for Life, que Ruthy Alon, élève de la première heure et assistante de Moshe Feldenkrais a mis au point. Je perçois ce programme comme une passerelle entre la gym holistique et la méthode Feldenkrais, si passionnante dans ses propositions de détricotage du mouvement et de remise en question de nos processus d’apprentissage. La démarche de Ruthy Alon me séduit, car alors que l’éducation somatique met généralement l’accent sur la fluidité, Bones for Life, en se basant sur les mêmes principes, cherche à développer une certaine force corporelle.

Chaque méthode, chaque approche me donne du grain à moudre, m’invite à appréhender le corps et le mouvement selon une grille de lecture un peu différente, selon un point de vue un peu décalé, selon des priorités, des procédés et des objectifs qui lui sont propres. Chacune me permet de cultiver des aptitudes complémentaires. Chaque professeur, chaque formateur me donne l’opportunité de ne pas ronronner, de reconsidérer mes connaissances, mes croyances, mes représentations mentales, mes habitudes corporelles, et par là même, de faire évoluer mon enseignement, les contenus que je fais passer à mes élèves et comment je les partage… la construction de mes cours, les mots et les images que j’utilise, les postures pédagogiques que j’adopte…

« Le pouvoir-du-dedans…
je l’ai appelé la Déesse, car les anciens mythes, symboles et images de la Déesse, comme l’enfantement, le tissage,
la terre, la croissance des plantes, le vent, l’océan,
la flamme, le tissu,
la lune et le lait, me parlent
tous des pouvoirs de ce qui connecte, nourrit, guérit
et crée. »

Starhawk

Spiritualité féminine

À peine ai-je débuté le Qi Gong de la Femme, que je me sens chez moi dans cette pratique aérée, ronde, ondulante, qui mobilise notre sensorialité, sur le fil entre maîtrise précise du geste et franc lâcher-prise du corps, à la limite du mouvement spontané.
Je participe aussi souvent que possible aux stages de perfectionnement de différents professeurs, dont Mme Wang Yan Li aux Temps du Corps, et Mme Liu Ya Fei, Maître de l’Ecole du Nei Yang Gong, qui vient régulièrement de Chine transmettre cette méthode initiée par son père.

Cet enchaînement conçu pour les femmes m’amène à m’intéresser de plus près à la santé des femmes par la médecine traditionnelle chinoise, et aux rares écoles qui leur proposent des pratiques spécifiques.

Je suis alors l’enseignement de Laurence Cortadellas, auteure de « Petits exercices spirituels et corporels à l’usage des femmes d’aujourd’hui » (Editions Grancher).
Grâce à la richesse de son expérience dans les arts énergétiques traditionnels (Qi Gong, yoga tibétain Kum Nyé, méditation Vipassana… ) mais aussi grâce à son ouverture vers des ressources plus contemporaines qui m’intriguent vivement, je me lance sur la piste du Féminin sacré, courant spirituel féminin né à la fin des années 70 aux Etats-Unis qui a pris son essor en France dans les années 2000.

Il faut s’accrocher pour naviguer dans ces eaux-là, tant il y a à prendre et à laisser.
C’est un foisonnement où se côtoient savoirs et savoir-faire féminins ancestraux, rites issus des cultures autochtones du monde entier ou inspirés de mystères antiques, méthodes de développement personnel, pratiques New-Age, explorations d’archétypes dérivées de la psychanalyse jungienne, naturopathie, etc.

Je suis touchée par ces femmes qui font feu de tout bois et qui questionnent hardiment les voies spirituelles imposées au long des siècles par le patriarcat. Et je me reconnais dans leur quête d’une spiritualité incarnée et joyeuse.
Le corps, leur corps, tient une place centrale dans leur cheminement : elles vont plus loin que leurs aînées dans leur volonté de le revaloriser et de se le réapproprier, dans son intégrité, sans tabou, et dans toute la complexité de sa physiologie.
Elles prennent en main leur santé, se font entendre d’un milieu médical qui jusqu’à présent s’est désintéressé de certaines de leurs pathologies, n’acceptent plus qu’on ignore leur ressenti et leur expérience, et jettent aux oubliettes le mythe d’un corps féminin fragile et voué à la douleur.

Je retrouve les qualités mises en avant en éducation somatique (l’importance de la conscience de la globalité du corps, le « prendre soin », la douceur, le respect de son propre rythme, la bienveillance envers soi-même et envers son corps…), et les principes sur lesquels s’appuient les arts énergétiques (la résonnance entre le macrocosme et le microcosme, entre les cycles de la nature et sa propre cyclicité, l’accueil des émotions, l’entretien de sa force vitale…).

Je vis les rencontres et les échanges avec des femmes pour la plupart plus jeunes que moi, lors de retraites ou de cercles de parole, comme un grand vent de fraîcheur qui me bouscule et me stimule.

« S’ajuster constamment
Trouver le calme constamment,
Ainsi, demeurer dans
la pureté et le calme
constamment »

Qing Jing Jing

Pratiques de l’attention

Ce balancement entre tradition et modernité dynamise ma réflexion et ma pratique.

2016-2019. Je suis la formation Qi Gong – Nei Gong de Laurence Cortadellas et Jean-Michel Chomet, qui me permet de peaufiner certaines des méthodes de Qi Gong que je connais déjà, de revisiter dans le détail les ressorts et les subtilités de leurs mouvements, et d’en saisir plus intimement les dessous énergétiques et philosophiques.
Avec l’aide de ces deux formidables pédagogues, je m’autorise à laisser parler d’avantage ma créativité dans la transmission des arts énergétiques, me sentant désormais, comme en éducation somatique, plus libre d’utiliser à ma guise tous les outils que j’ai appris à apprivoiser au fil des ans.

Le développement retentissant de la méditation Mindfulness de Jon Kabat-Zinn pique ma curiosité. Je suis les programmes MBSR (Réduction du Stress basée sur la Pleine Conscience) et MBCT (Thérapie Cognitive basée sur la Pleine Conscience), qui m’invitent à revenir sur mes pas, vers les fondamentaux de la méditation.
Ma pratique de la méditation taoïste et du Kum Nyé Yoga (yoga méditatif tibétain) s’en trouve consolidée et approfondie.

Soutien formidable pendant les longs mois où je ne peux pas exercer mon activité à cause du Covid, elle m’aide à stabiliser mes émotions, à nourrir ma vitalité, et à garder une disponibilité d’esprit qui me permet d’imaginer des solutions alternatives.

Je ressens physiquement le besoin d’y associer un travail respiratoire plus varié et plus puissant que dans mes pratiques habituelles ; ce qui me pousse inévitablement vers le Yoga et ses Pranayamas. Et de fil en aiguille… je découvre des formes douces de Yoga moderne qui m’enchantent : le Yoga Nidra, le Yin Yoga et le Yoga restauratif, des pratiques de l’attention qui cultivent une profonde détente et vont dans le sens de ce que proposent mes ateliers Minute Papillon.

« Une fois que nous avons commencé à changer, il est difficile de revenir à notre ancienne manière de vivre, même si nous le voulons. Quelque chose en nous s’est éveillé et la force positive du changement crée un dynamisme qui nous incite à continuer. »

Tarthang Tulku

Le corps à l’œuvre

Fidèle à ma matière première initiale, je continue à travailler la gymnastique holistique, à la malaxer, à la mettre sur la sellette, afin que cette méthode que Lily Ehrenfried a commencé à enseigner en France en 1933 ne s’étiole pas. La démarche empirique de Lily Ehrenfried demande à être confrontée aux découvertes sur le corps et le système nerveux au fur et à mesure de leur diffusion, aux nouvelles techniques corporelles qui émergent, à l’évolution des besoins de nos élèves, et aux mutations de notre société, dans son rapport au corps notamment.
Par exemple, s’intéresser aux études et aux pratiques axées sur les fascias est incontournable aujourd’hui pour éclairer et ajuster les intuitions de Lily Ehrenfried.

Simultanément, j’apprécie de renouer avec l’aspect gymnique, tonique, du travail initial de Lily Ehrenfried, aspect qui a été progressivement laissé de côté ou sérieusement affadi au cours des années. Ma pratique des Abdos sans dégâts de Bernadette de Gasquet me permet de réintroduire des séquences de renforcement musculaire plus exigeantes dans mes cours et ateliers.

Versant Éducation somatique ou versant Arts énergétiques, ce qui est prégnant pour moi, c’est de ne pas m’enfermer et de ne pas enfermer mes élèves dans une seule perspective, dans une tournure d’esprit limitante, dans des théories exclusives ; de ne pas coincer nos corps dans une unique façon de faire, de bouger, de sentir, de se construire.

Il s’agit de toujours rester en mouvement et adaptable, au diapason du flux de la vie, et de vingt fois, cent fois, mille fois sur le métier, remettre son ouvrage…

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